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Salut Michal,

Tu m’as demandé ce qui m’intéresse le plus et ce que je voudrais changer. Je te répondrai brièvement: la mentalité des hommes. Je voudrais que les gens apprennent à régler leurs conflits sans faire couler le sang, que leur couleur de peau, leurs convictions religieuses ou politiques cessent de poser des problèmes et de servir de prétexte à l’extermination de l’humanité.

Jozef Szajna, Document
L’homme, l’être le plus évolué parmi les espèces qui peuplent la Terre, pratique la loi de la jungle; n’est-ce pas une ironie! Depuis les temps préhistoriques l’homme essaie d’imposer sa domination aux autres. Au XXe siècle, des individus ont cherché à dominer le monde pour établir la supériorité de leur race sur les autres. Adolf Hitler, le chancelier allemand, est parti à la conquête de l'Europe au nom de la supériorité de la race nordique. Il a rapidement trouvé des milliers de personnes disposées à le suivre et à anéantir le monde. Dans les camps de concentration créés par les nazis, des citoyens de l’Europe entière ont péri massivement, décimés par des travaux de forçat, par la faim, par des conditions inhumaines d’existence, des coups, des tortures et des exécutions.

Le nazisme a frappé avec une haine et un acharnement criminels ce qui constitue depuis la nuit des temps le plus grand capital d’une société: les enfants et la jeunesse. Le nombre des enfants massacrés en Pologne: 2.226.000 environ, parle lui même.

On a exterminé presque totalement la jeunesse juive et tzigane. Les enfants considérés comme inutiles à la race et qui ne se prêtaient pas à la germanisation, étaient dirigés vers les camps et les centres d’extermination spécialisés. Les crimes sur les enfants étaient commis dans les plus grands camps de concentration de la Pologne occupée: Auschwitz, Majdanek, Treblinka, Sobibor, Belzec. Les mineurs étaient emprisonnés et assassinés à Pawiak, Montelupich, Rotunda Zamojska, au château de Lublin et au prison pour enfants à Lodz. Les bourreaux utilisaient vis-à-vis des enfants les mêmes cruelles méthodes d’extermination qu’ils utilisaient pour les adultes. Les enfants étaient dirigés vers les chambres à gaz ou les crématoires.

Aucun camp ne rivalisait ni en étendu ni en sinistre renommée avec celui d’Auschwitz. Initialement, il pouvait contenir 30.000 détenus; plus tard, il a encore été progressivement agrandi

Je te décrirai brièvement ce qui se passait dans cette usine de la mort. De nombreuses victimes avaient la chance de mourir rapidement. Ceux à qui était épargnée la chambre à gaz, supportaient des souffrances et des humiliations si éprouvantes qu’on peu difficilement les imaginer dans le détail: mort de faim, cannibalisme, brimades, appels quotidiens, expériences soit disant scientifiques - stérilisations, amputations, inoculation du virus de différentes maladies -, outrage aux pratiques religieuses, exécutions avec une mise en scène théâtrale, perversions sexuelles...

Le jour de la libération du camp (le 27 janvier 1945) par l’Armée Rouge soviétique on y a trouvé à peine 7.500 prisonniers encore vivants dont 90 jumeaux identiques. Le camp d’Auschwitz a été conçu par les meilleurs architectes comme un complexe industriel. Dans le bureau du commandant Hoess, se trouvait un graphique énumérant les produits finals de chaque unité de production. Mise à part l’essence synthétique fabriquée dans les usines de produits chimiques, Auschwitz fournissait de l’or aux banques de Reich de même que des tonnes d’engrais fabriqué à partir d’os pilés, des tonnes de savon, de crin, de verres optiques récupérés sur les lunettes ainsi que des éléments métalliques provenant de toutes sortes de prothèses.

Le plan des nazis visait la destruction ou la subordination des autres nations et la conquête de toute l’Europe. La conquête de l’espace vitaldevait permettre, d’après les théoriciens du national socialisme, le développement de la nation allemande. On écrasait sans pitié les tentatives quelles qu’elles soient de résistance; en effet, il s’agissait de concrétiser la déclaration d’Hitler: Seules les nations dont les couches dirigeantes seront détruites, se laisseront réduire en esclavage.

Selon ces projets, les territoires annexés par le IIIe Reich devaient en dix ans être en totalité germanisés et colonisés par les Allemands de l’Allemagne et par les Allemands déplacés, provenant des pays baltes et des territoires polonais de l’Est occupés par l’URSS. Dans les territoires successivement conquis, les hitlériens détruisaient et pillaient les monuments, les biens d’Etat, le patrimoine culturel national. La lutte contre l’église catholique et orthodoxe faisait partie intégrale de la politique de la destruction de la nation. On combattait conséquemment aussi le protestantisme.

Jozef Szajna, Réplique III
La Russie soviétique menait aussi une politique de génocide. Le projet d’effacer la Pologne de la carte de l’Europe, était un plan commun germano-soviétique. Le NDKW dépassait en cruauté la Gestapo allemande. Les soviétiques étaient déjà experts dans l’utilisation de la terreur. Comme les Allemands, ils ont créé un système de classification de la population qui régissait les purges. La terreur stalinienne a été, sous plusieurs aspects, pire que la terreur hitlérienne. Après l’interrogatoire par le NKWD, tombaient les sentences qui condamnaient les innocents soit à la mort ou à la déportation au fond de la Russie, à des travaux forcés, aux déplacements dans des camps. Les gens étaient déportés débout dans des wagons à bestiaux. Ils étaient transportés ainsi au milieu de l’hiver sur des territoires éloignés de milliers de kilomètres. Pendant ces transports, il y avait des cas du délire, des engelures graves, des morts de faim, des infanticides et même des cas de cannibalisme. Ceux qui ont survécu à ces convois avaient encore à subir un voyage dans la cale d’un bateau ou bien dans des camions non bâchés qui les conduisaient dans les coins les plus reculés de l’Empire soviétique. Beaucoup sont morts en route vers leur destination. Jusqu’au moment où en 1941 a été proclamée une amnistie, presque la moitié d’un million et demi de Polonais déportés au cours des années précédentes étaient morts. Parmi les victimes, on compte environ 100.000 Juifs polonais. Les chiffres exacts ne seront jamais connus.

Bien que ces chiffres soient peut-être moins significatifs que le sort-même réservé aux victimes par d’autres hommes, je pense pourtant qu’ils traduisent l’énormité de la tragédie. Je n’aime pas l’expression environ. Michal, imagine-toi que dans cet environ se trouvent tes grands-parents, des personnes qui te sont proches, qui voulaient vivre et aimer. De nombreux témoignages décrivent la souffrance des personnes qui en sont mortes et de celles qui ont survécu à ce cauchemar.

Cette trace des injustices et de la violence que la guerre a laissée, reste jusqu’à aujourd’hui dans l’esprit des gens. On pourrait croire qu’après l’époque de l’hitlérisme et du stalinisme personne ne voudrait plus de purges et que le cauchemar des camps d’extermination devrait être l’ultime leçon qui n’aurait pas été vaine. La réalité s’est avérée différente. La guerre qui a éclaté dans les Balkans rappelle beaucoup ces deux époques. Il s’avère que le communisme et le nationalisme sont toujours vivants. Des variétés extrêmes du nationalisme, telles que le fascisme, le racisme ou le chauvinisme, n’ont pas disparu. Elles s’habillent du patriotisme.

Tu suis certainement le déroulement de la guerre en Yougoslavie et tu te demandes où est passée la dignité de l'homme, à quoi bon les lois, les déclarations et les traités internationaux s’ils ne sont pas respectés? Je sais que l’écologie t’intéresse plus que la politique mais on ne peut rester indifférent aux derniers événements dans les Balkans. Pour l’instant, rien ne nous menace, nous les Polonais, mais il y a peu de temps encore c’est ce que se disaient les Yougoslaves.

Comment est-elle cette jeunesse si elle voit des adultes qui succombent au virus de la haine et aux démons de l’agressivité? Je pense qu’elle leur ressemblent car où pourrait-elle trouver un autre enseignement?

Les jeunes d’aujourd’hui sont très différents les uns des autres, ils n’ont pas tous la même hiérarchie de valeurs. Il est difficile de parler de la jeunesse d’une façon générale, une telle affirmation ne serait pas vraie. Les représentants de la génération plus âgée parlent de la jeunesse d’aujourd’hui en disant qu’elle est plus mauvaise, sans culture, mal élevée.

Le vérité est un peu différente; la jeunesse n’est pas pire. Elle diffère de la génération de ses parents mais cela ne veut pas dire qu’elle soit mauvaise. C’est l’une des opinions les plus courantes concernant la jeunesse d’après laquelle chaque génération est pire que la précédante. Aujourd’hui, les jeunes ont une influence plus importante sur la vie familiale, ils peuvent décider eux-mêmes du choix de leur avenir, ils ont d’avantage de liberté sociale et les parents les respectent. Il arrive que les parents surchargés de travail consacrent de moins en moins de temps à leurs enfants. Ils s’éduquent alors dans le milieu des jeunes de leur âge, dans les écoles, les internats et les études surveillées. Les enfants grandissent dans des milieux artificiels - ces sont des enfants de la culture de masse, éduqués par la télévision , par Internet. Le développement de la technique fait que les différences entre les générations se creusent actuellement plus vite que dans le passé. Les changements des conditions politiques, culturelles et de modes de vie font que la jeunesse se sent perdue. Elle abuse, de plus en plus souvent, de l’alcool et de la drogue. L’âge d’initiation sexuelle baisse et le sexe est considéré d’une façon mécanique. Ces phénomènes négatifs, je les observe dans mon milieu. Dis-moi, Michal, si dans ton école, dans ta cité tu remarques la même chose.

L’éducation devrait commencer en famille; malheureusement, il y a beaucoup de familles pathologiques où les parents boivent, commettent des délits. Les enfants de ces familles sont témoins ou même victimes de coups et de viols. Dans leur famille, on leur inculque déjà l’agressivité, et la violence enfante la violence.

L’enfant élevé dans une telle famille arrive à l’école avec son bagage de mauvaises expériences, il communique aux autres enfants du même âge à l’école et dans la rue, ses mauvais comportements; alors, le mal commence à se répandre.

Celui qui a quitté sa famille, affligé de mauvaises habitudes, plein d’amertume, imprégné de haine et de méfiance à l’égard de son entourage, a un système de valeurs négatif. Il a besoin de beaucoup de chaleur et d’attention de la part des autres afin de restaurer son psychisme brisé. Il est alors important de lui redonner confiance en lui.

Il est bon de souligner que celui qui se comporte agressivement par rapport aux autres, est plus faible que ses victimes. Par peur, manque de courage pour satisfaire les exigences de ses parents, de ses enseignants ou de ses supérieurs, il se révolte contre la réalité. Il cherche alors la compagnie de ceux qui lui ressemblent car il a peur d’être seul. C’est ainsi que se forment des groupes de délinquants, des sous-cultures..

Si quelqu’un n’a pas envie de collaborer, on ne peut rien pour lui. Pour aider cette jeunesse, il faut lui proposer clubs sportifs, cercles d’arts plastiques, de théâtre, activités informatiques, jeux, activités ludiques ou charitables, par exemple: aide aux handicapés ou aux personnes âgées. Cela l’intéresse et donne des résultats positifs car, rapidement, il peut avoir le sentiment d’être utile, voire irremplaçable. Il faut éliminer la propagation de la violence dans les mass médias. La télévision montre souvent des films à sensation qui expliquent comment commettre un crime et comment fuir ses responsabilités et échapper à la justice. Les parents, les écoles et les établissements d’éducation devraient se servir de ces films pour expliquer aux enfants et aux jeunes que les mauvaises actions seront toujours punies.

Nous empruntons sans réfléchir des modèles à l’étranger. Beaucoup de choses sont permises mais on ne peut transgresser la loi ni agir au détriment d’autrui.

Les jeunes devraient collaborer avec les jeunes du même âge dans les autres pays. Ils devraient montrer au monde qu’ils savent tous ensemble s’opposer à la violence. Que penses-tu des raisons et des conséquences de l’agressivité? Peut-être, connais-tu une solution raisonnable et qui nous serait si nécessaire à tous. J’attends ta réponse


Agata                                





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