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Sais-tu que...






Salut,

Jozef Szajna, Têtes

La paix est signée.
Les armées serbes se retirent
du Kosovo. Les attaques
aériennes contre la Yougoslavie
ont été stoppées. Fin de la guerre...
succès de l’OTAN...


Depuis hier, les médias nous en informent.

L’enthousiasme est-il justifié? la Pologne en tant que nouveau membre de l’OTAN peut-elle se considérer comme l’un des vainqueurs? La première guerre de l’histoire pour la défense des droits de l’homme a-t-elle atteint son but? Il y a beaucoup de questions, il n’y a pas qu’une seule réponse.

Je pense que cette guerre a bouleversé tout le monde. Nous, en Pologne, n’avons été touchés qu’indirectement. Le fait de regarder les opérations militaires sur un écran de télévision ne présentait pour nous aucun danger. Paradoxalement, nous avons pu tirer de cette situation des conclusions qui ont positivement influencé notre façon de penser et notre échelle de valeurs. A Dieu merci, je ne prétends pas que les guerres servent à ce que la jeunesse pourrie du monde civilisé se rende compte des conditions confortables où elle vit. Le processus qui est venu modifier la façon de penser ne s’est pas imposé qu’à moi.

Je me rappelle le jour où le conflit du Kosovo est entré dans sa phase décisive; les attaques aériennes sur la Yougoslavie ont commencé. Cette nuit-là, je me suis endormi radio allumée; je me suis souvent réveillé pour écouter les communiqués sur les objectifs touchés par les bombes de l’OTAN. Quand je me suis réveillé le matin, j’ai compris que cela n’avait pas été un cauchemar mais une réalité qui prenait des formes de plus en plus brutales. La machine de guerre s’est emballée à une vitesse vertigineuse: victimes civiles et militaires (soldat n’est-il pas un homme?), foules chassées, pertes matérielles, propagande et censure des deux côtés.

Au début, les médias renseignaient largement sur les opérations militaires. Ensuite, les informations sur ce conflit ont disparu de la une. J’essayais ne pas oublier le Kosovo. Je voulais savoir quels étaient les sentiments des autres, quelle était l’influence de cette guerre dans les Balkans sur la vie de la jeunesse polonaise. Le conflit a suscité beaucoup de controverses, a remué les consciences et a incité à une réflexion sur les valeurs européennes au sens large du terme. La question de base était la suivante: Pourquoi?.

Je réfléchissais là-dessus même si les médias nous servaient des analyses et des interprétions toute prêtes. On ne peut pas ne pas reconnaître le rôle de tous les articles et reportages, de toutes les discussions à la radio comme à la télévision. La masse d’informations qui arrive de partout est souvent illisible, présentée sous un aspect sensationnel. Si un sujet se poursuit pendant des semaines, il s’alourdit. Il s’anime de nouveau à l’occasion des événements spectaculaires (par exemple le bombardement de l’ambassade de Chine à Belgrade). L’image joue un rôle important dans le processus d’information.

Les parents devraient aider leurs enfants à comprendre le monde d’aujourd’hui. La présence dans la chambre de l’enfant d’un ordinateur lié à Internet, d’un poste de télévision japonais et d’une chaîne stéréo ne signifie pas qu’il en profite positivement. Le problème du contrôle des informations qui parviennent aux enfants et aux jeunes se pose.

Józef Szajna, Réplique III
La censure est inadmissible mais les adultes devraient vérifier ce que le monde présente à la nouvelle génération. Et il ne s’agit pas seulement de l’information concernant les événements mondiaux. Il faut sérieusement réfléchir sur la violence, les déviations sexuelles et sur tout l'aspect commercial dont la télévision, les fils vidéo, les jeux vidéo et la presse nous bombardent. Il n’est pas vrai que tout le monde puisse distinguer le bien du mal, l’imaginaire de la réalité. Les enfants en sont affectés, sont distraits, surexcités, il leur marque le temps de réfléchir sur le livre qu’ils viennent de lire ou de discuter avec un adulte ayant une expérience de la vie. La conclusion est simple: telle qu’est l’éducation des jeunes d’aujourd’hui, telle sera la société de demain. Les valeurs acquises dans la jeunesse restent toute la vie dans la conscience de l’homme.

Quiconque s’est heurté à la violence de la part des jeunes apprécierait sans doute l’éducation à sa juste valeur. J’ai connu la mauvaise expérience d’être victime de supporters ivres ainsi que d’un adepte des drogues douces qui n’a pas apprécié mes idées. Quelle est ma réaction dans de telles situations? J’essaie de ma maîtriser même si c’est extrêmement difficile car je tiens à surmonter ma peur et à sauvegarder ma fierté.

J’ai peur de me promener en solitaire dans les rues; l’agglomération de Katowice n’est pas très sûre. La peur, doit-elle nous accompagner à chaque pas? Je pense que non. Nous pouvons nous opposer au mal et ce ne sont pas du tout des chimères idéalistes. Il faut s’intéresser à la jeunesse difficile, se préoccuper de prévention.

Comment imaginer des activités communes entre des jeunes au crâne rasé et des jeunes filles de bonne famille? Certainement, beaucoup de parents feraient la moue devant une telle proposition mais l’éducation des enfants, et non seulement des leurs, dépend aussi d’eux. Il ne s’agit pas qu’ils interviennent dans la vie de quelqu’un mais qu’ils prennent conscience de l’importance de ces rencontres entre familles de même que du travail et des divertissement en commun. Les actions du Grand Orchestre de Bienfaisance, les aides aux sinistrés ou encore les pèlerinages du Pape témoignent des réactions de solidarité de la société.

Les actions de l’Etat dans le domaine social sont également importantes; l’orphelinat ne peut être le premier pas vers la vie sociale car il reste à l’écart de la société. Des maisons familiales où l’on confie à des couples la garde des orphelins constituent une alternative. De telles solutions sont préférables au système institutionnel. Cela ne veut pas dire qu’il faille liquider des écoles ou des centres éducatifs, au contraire, il faut les moderniser en y propageant des valeurs telles que tolérance, paix et amour. Est-ce banal? Peut-être, mais il faut rappeler constamment les évidences. Différentes organisations de jeunes - les aumônerie, les scouts, les clubs sportifs... - peuvent y contribuer.

De même, les cours d’histoire peuvent constituer un élément éducatif important. C’est une possibilité mais ce n’est pas une certitude car il se trouve toujours certaines personnes pour manipuler les faits historiques. S ‘appuyant sur des thèses soit disant scientifiques, elles contestent les crimes hitlériens à Auschwitz ou encore elles manipulent le symbole de la croix et réveillent la haine. Cela blesse surtout ceux qui sont passés par l’enfer d’Auschwitz. Cela blesse aussi le psychisme de la nouvelle génération. En utilisant l’histoire, l’idéologie ou bien la religion d’une manière instrumentale, des adultes peuvent inculquer la haine dans l’esprit de la jeunesse toujours réceptive aux influences. C’est pourquois les camps nazis d’extermination, les goulags sovietiques aussi bien que les purges ethniques dans les Balkans devraient rester gravés dans les mémoires comme la preuve d’une sinstre haine raciale, religieuse ou de classe.

Comment peut-on utiliser les tragédies de l’histoire du monde pour contribuer à la création d’un avenir civilisé basé sur l’amour? Dans mon école primaire, les classes de 8e allaient suivre à Auschwitz une leçon vivante d’histoire sur le racisme. Cette expérience m’a marqué pour longtemps. Je sais que toutes les écoles n’ont pas des moyens pour organiser un voyage au plus proche camp d’extermination. Mais alors, on peut inviter à l’école une personne ayant vécu la deuxième guerre mondiale. Je pense que chaque grand-mère ou chaque grand-père s’engagerait dans un tel programme d’enseignement.

Beaucoup de bacheliers se demandent: Pourquoi dois-je lire L’Autre monde de Gustave Herling-Grudzinski et des récits de camps de Tadeusz Borowski; c’est déjà un passé qui ne reviendra plus. La réponse est apportée par des noms qu’on peut multiplier: Algérie, Indochine, Corée, Irlande du Nord, Somalie, Ouganda, Rwanda, RCA, Proche-Orient, ex-Yougoslavie... N’est-il pas la même chose que Kolyma. Peut-être non, mais les victimes sont toujours des victimes.

Je reviens au problème du Kosovo. La paix a été signée mais l’affaire n’est pas terminée. Maintenant, les démocraties de l’Ouest devraient, avec la même solidarité qui a empêché une catastrophe humanitaire, s’associer au processus de stabilisation dans les Balkans car un danger du conflit y couve toujours. Nombre de pays ont prouvé qu’ils savent coopérer sur le plan international: la Russie a contribué à faire progresser le processus des négotiations, la Chine n’a pas utilisé son droit de veto au Conseil de Sécurité lors de la résolution de faire entrer au Kosovo l’armée de la KFOR (pourtant, elle aurait pu le faire après le bombardement de l’Ambassade de Chine à Belgrade par les forces de l’ONU).

Quelle position la Pologne devrait-elle prendre dans la politique internationale? Sa situation géo-politique nous a souvent posé des problèmes. Aujourd’hui, cette situation peut nous être utile pour servir de pont entre l’Est et l’Ouest, entre le Sud et le Nord.

En collaboration avec d’autres pays, nous devons aujourd’hui contribuer à la réforme de l’ONU, ce géant actuellement corrompu et bureaucratique qui n’arrive plus à suivre les derniers changements décisifs dans le monde et pourtant c’est une organisation mondialement utile.

***

Devons-nous répéter, après Kazimierz Przerwa-Tetmajer:


Quel est, homme de la fin du siècle,
ton bouclier contre la lance du mal?...
Muet, il a baissé la tête

Je te laisse le soin de la réponse car la mienne tu la trouves dans cette lettre.


Krzysztof                                





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