Aux auteurs
J'ai été invité à vous accompagner dans vos réflexions sur la violence, la haine, les conflits internationaux, ethniques ou religieux. En tant que rescapé d'Auschwitz et d'autres camps de concentration, je l'accepte volontiers et je me présente brievement.
Je suis né en 1922 à Rzeszow. Jeune, j'avais de l'imagination, le sport me fascinait et j'aimais bien peindre. La seconde guerre mondiale a détruit ma maison familiale. A 17 ans, je suis devenu soldat, prématurément responsable de moi-même. Dans la résistance, j'ai eu recours au sabotage. Recherché par la Gestapo, j'ai été arrêté en Slovaquie avec un ami, pendant notre fuite en Hongrie au début de 1940. Remis aux allemands, je me suis trouvé en prison à Muszyna, ensuite à Nowy Sacz et à Tarnow et, plus tard, à Auschwitz où je suis devenu le numéro 18729.
L'été 1941. Mon ami meurt d'épuisement et moi, je tente de m'évader. Rattrapé, je suis condamné à mort dans la baraque n° 11, appelée Stehbunker, cette cellule sans issue, sans fenêtre, sans oxygène et sans espoir. C'est un monde aux dimensions de 90 cm sur 90 et ne dépassant pas en hauteur la taille d'un homme. On entre ici comme dans une cheminée de crématoire, par une petite porte. En attendant, pieds nus, d'etre fusillé, je m'approche des choses éternelles, de Dieu. Le sort fait que je m'en sors. La Providence? Le destin? Des années apres, j'écris dans mes ouvres scéniques : je suis séparé du nœud coulant, la mort est en moi et je dois dormir avec elle.
Plus tard, vient un nouveau camp de concentration, Buchenwald et, enfin, en 1945, la liberté. Plein de complexes, sans confiance en moi-même, inutile à personne, je cherche mon salut dans les études. Je termine l'Académie des Beaux-arts à Cracovie, je fonde une famille.
Je conçois l'action artistique dans l'art et dans le théâtre comme le don d'une deuxième vie. Je pose des questions sur le sens de l'art aujourd'hui, sur le rôle de l'artiste dans le monde contemporain. Je mets l'humanité en garde contre l'Extermination, toujours possible dans différents coins du monde.
Pour le cinquantième anniversaire de la libération du camp de concentration Auschwitz j'ai lancé un appel à tous les visiteurs - je les ai invités à participer à l'action commune d'élever le tertre « de la Mémoire et de la réconciliation », symbole de la Paix en ville d'Auschwitz. J'espere que le XXIe siècle sera favorable à cette action.
Jozef Szajna
peintre, écrivain, metteur en scène, scénographe
professeur à l'Académie des Beaux-Arts
Varsovie, 25.09.2000